The Jaws of Darkness

Me voilà à nouveau face à face avec Jackie.
L’imposant portail qui s’ouvre sur le bonheur semble être un peu rouillé par le temps. Son ombre, gigantesque, se projette sur moi et me refroidi, et face à elle je semble m’attaquer à un ennemi impalpable, comme un coup d’épée dans la vapeur, comme un coup de poing dans un Noren.
Alors Jackie profite, savoure. Il apparait dans mon ombre, pose sa glaciale main sur mon épaule, étend doucement ses longs doigts sur moi et me chuchote, silencieux comme la mort, que je suis de plus en plus en train de sombrer dans la Gueule des Ténèbres.
Tout les liens que je pensais avoir liés dans l’amitié n’étaient que des illusions. La chaleur rassurante de cette amitié était disparue, aspirée dans la noirceur de la Solitude, ravalée par ma rate et recrachée par ma mélancolie.
J’ai grandi comme ça, non pas dans les ténèbres, mais dans la froideur des liens inexistants. Pas de miroir où se refléter, j’étais comme une étoile noire au fond de la voute céleste.
Mais j’ai voulu changer.
J’ai rencontré des gens, tenté de créer des liens. J’ai puisé au fond de moi pour passer du sombre empathique au gentil sympathique. Au lieu de chercher une glace où me voir, j’en ai donné une aux gens, en espérant qu’en retour il puissent m’aider. Ce fut bien compliqué.
Jusqu’ici alors, personne ne m’avait réellement rendu mon geste. J’étais ami, copain, pote, tout ce que le vocabulaire français voudra, mais surement pas “lié”. Je n’avais pas de miroir où me refléter, pas d’ami auquel me confier.
Toutefois j’ai rencontré des gens auxquels aujourd’hui je tiens.
Je suis eux, je suis lui, je suis elle, je suis toi, et ensemble tout cela finira un jour ou l’autre par former “moi”, ou au moins mon reflet.
Et tout à coup, plus rien ne semblait flâner au dessus de moi. Cette être sombre qui me suivait depuis toujours avait soudain disparu, comme la fumée sortant de la bouche de cette grenouille de bronze.
P.
















